Le gouvernement envisage désormais une réforme moins ambitieuse, "fondée sur une indexation à l'inflation depuis 2005".
Stéphanie Rist à Paris, le 1er juillet 2026. ( AFP / JULIE SEBADELHA )
Le gouvernement renonce à doubler le plafond des franchises médicales -le montant susceptible de rester à charge des patients-, reconnaissant un mesure "brutale" et mal comprise.
"Le doublement annoncé n'a pas été compris et a pu apparaître brutal" , a déclaré la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, dans un entretien au Figaro paru jeudi 20 août. "Nous avons décidé de faire évoluer notre proposition."
La ministre avait annoncé fin juillet que le gouvernement comptait doubler de 100 à 200 euros le plafond des franchises médicales. Il s'agit, en d'autres termes, du montant maximum que les assurés sociaux peuvent être appelés à payer chaque année sur les médicaments, les consultations médicales, les transports liés aux soins et les actes paramédicaux.
Déjà envisagée en 2025 sous le gouvernement de François Bayrou avant d'être rejetée, la mesure avait donc été relancée cet été sous celui de Sébastien Lecornu, dans un contexte où l'exécutif cherche à multiplier les économies en vue des budgets -État et Sécurité Sociale- qui s'apprêtent à être discutés pour l'année prochaine.
Stéphanie Rist avait présenté en juillet la mesure comme une nécessité face aux besoins de financement du système de soins. Mais cette annonce avait suscité une vive opposition des associations de patients. Leur principale fédération, France Assos Santé, avait dénoncé "une erreur monumentale" qui allait "culpabiliser" les personnes vulnérables et atteintes de multiples pathologies, donc susceptibles de recourir à un grand nombre de soins. De même, plusieurs syndicats de soignants avaient critiqué le choix du gouvernement, à l'instar des médecins généralistes de MG France pour qui le doublement des franchises allait peser sur les patients en affection longue durée (ALD), soit "les plus malades".
Un plafond jamais revalorisé
"Le plafond existe depuis 2005 et n'a jamais été revalorisé, alors que l'inflation a profondément modifié les niveaux de vie et les coûts", s'est justifiée jeudi Stéphanie Rist, affirmant que "par rapport à l'évolution du coût de la vie, ce plafond a même en réalité baissé".
L'annonce de juillet a donné lieu à des "caricatures", a-t-elle affirmé, assurant qu'un doublement aurait coûté "moins de 2 euros par mois pour l'ensemble des Français et (...) 4 euros pour les patients en ALD". Mais, a-t-elle admis, "les associations, les professionnels de santé, les patients nous ont dit qu'un doublement immédiat du plafond en une seule fois paraissait excessif".
Le gouvernement devrait donc se contenter d'une hausse bien moins ambitieuse que prévu des plafonds des franchises. La ministre évoque "une réforme juste, fondée sur une indexation à l'inflation depuis 2005" , soit "une correction fondée sur le coût de la vie".
Interrogé par l' AFP , le ministère de la Santé n'a pas précisé l'ampleur de cette hausse. Mais un regard sur l'inflation en donne une idée. Selon l'Insee, les prix à la consommation -hors tabac et alcool- ont augmenté d'un peu plus d'un tiers entre 2005 et 2025.
"Jeu de dupes"
Reste que certains syndicats sont d'ores et déjà méfiants. "Le doublement des franchises médicales ou l'augmentation via un calcul plus ou moins savant sur la valeur réelle de l'inflation, tout ça est un jeu de dupes (et) l'impact va être le même", avance à l' AFP Yann Le Baron, secrétaire national de l'UNSA Santé et Sociaux.
"Réfléchir sur l'inflation en remontant jusqu'à 2005 ne me paraît pas non plus extrêmement pertinent", a réagi auprès de l' AFP Gérard Raymond, le président de la principale fédération de patients, France Assos Santé.
L'annonce de ce recul a lieu le même jour où Sébastion Lecornu a publiquement démenti d'autres pistes d'économies évoquées ces dernières semaines par la presse. "Suppression des APL pour les étudiants, gel du RSA ou du minimum vieillesse, remise en cause du crédit d'impôt pour les services à la personne, hausse de l'impôt sur le revenu… Tout cela est faux !", a-t-il assuré sur X.
Dans son entretien au Figaro , Stéphanie Rist a, elle, exprimé sa frilosité face à l'idée d'une TVA sociale, qui consisterait à compenser des baisses de cotisations pesant sur le travail par une augmentation de la TVA sur la consommation, afin d'en affecter une fraction à la Sécurité sociale. Ce n'est "pas à elle seule, une solution suffisante", a-t-elle jugé.
10 commentaires
Vous devez être membre pour ajouter un commentaire.
Vous êtes déjà membre ? Connectez-vous
Pas encore membre ? Devenez membre gratuitement
Signaler le commentaire
Fermer